Louis Tremblay - (et l'Ile-aux-Coudre)
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Marié depuis six ans déjà à Marie Perron et père de trois enfants, il est lancé dans une carrière de pionnier non moins féconde, mais plus difficile que celle de ses frères. Lui aussi, il élèvera quatorze enfants; il lui faudra toutefois, pour y parvenir, contracter quatre mariages successifs. Sa première femme meurt après quinze ans de mariage, lui laissant quatre filles et deux fils; la seconde Françoise Morel, avec laquelle il vit à peine dix ans lui donne trois filles et deux garçons, tandis que la troisième, Marie Letarte, va mourir après avoir mis au monde une fille et deux garçons. Pour élever ces derniers, Louis Tremblay convole une quatrème fois en justes noces et amène à son foyer la veuve du défunt Henri Chateauneuf, Marie-Madeleine Marquis.

Louis Tremblay vécut à la Côte Saint-François-Xavier ou il avait obtenu une première concession de six arpents de front sur un lieue et demie de profondeur en 1697 (9). Mais vers 1728, peu de temps après son dernier mariage, le Séminaire de Québec obtenait enfin l'autorisation d'ouvrir à la colonisation son domaine de l'Ile-aux-Coudres. On commença aussitôt à y concéder des terres. Louis Tremblay qui approche 60 ans s'empresse de mettre la main sur quatre belles concessions dans l'Ile-aux-Coudres, prévoyant déjà les futures propriétés des ses deux fistons André, 8 ans, et Joseph, 7 ans. Il y aura donc parmi les tout premiers habitants de l'Ile-aux-Coudres quatre jeunes familles Tremblay et cela suffit pour expliquer l'abondance de ce nom dans la population insulaire (10).

Les autres enfants de Louis trouvèrent des établissements à la Baie-Saint-Paul et surtout aux Eboulements, où ils profitèrent de la protection de leur oncle Pierre pour obtenir des concessions de terre (11).

Nous avons déjà mentionné que l'entreprise des mâtures intéressa Louis et son frère Michel Tremblay. Alors que la production se ralentit, Louis s'intérressa lui, plus à la pêche au marsouin et à l'agriculture.

Les eaux du fleuve, riches en poisson, étaient excellentes pour la pêche. Cependant vers 1662, un observateur écrivait: « Nos pauvres fraçais ne sont encore en ce pays que des paralytiques auprès d'un grand trésor, sur lequel ils ne peuvent porter les mains, car les premières pensées de ceux qui ont habité ces pays ont été de se pourvoir de pain par la culture de la terre ». Dès son arrivée, l'intendant Talon s'employa à favoriser la cràtion d'entreprises de pêche sédentaires. Jusque là, on s'était presque exclusivement occupé de la pêche à la morue et de la chasse au loup-marin. La pêche au marsouin se révélait trop coûteuse pour être tentés avec quelque chance de succès. Cependant, lorsqu'on eut découvert le moyen d'en réduire les frais, en substituant aux filets des parcs de perches, les entreprises se multiplièrent.

Le pêche au marsouin se pratiquait à la fin de septembre et durant tout le mois d'octobre. A cette saison, les marsouins remontent le fleuve en bandes nombreuses, à la poursuite des anguilles. A la marée montante, ils entrent dans le parc constitué de perches disposées en forme d'arc. Effrayés par le bruit des feuilles dans l'eau, ils se dirigent vers la côte. « Déconcertés, ahuris, ils nagent tantôt en avant, tantôt en arrière, jusqu'à ce que le reflux aidant, ils se trouvent tout à fait à sec, et alors les habitants en ont facilement raison ». Les marsouins fournissaient une huile excellente, propre à l'éclairage. On utilisait aussi leurs peaux avec laquelle on fabriquait des hauts de chausses, des souliers, des vestes très souples et résistantes, et aussi des couvertures de coffres ou de sièges.

La plus considérable des pêche était celle du Séminaire, tendue à l'île-aux-Coudres. Les fils de Louis Tremblay l'exploitaient avec ses gendres. Un bail à ferme leur fut confirmé en 1749, selon lequel ils s'engageaient à fournir au Séminaire « le tiers de l'huile que la pêche produira » (12). La pêche, dont les frais d'exploitation s'élevaient à 300 livres, comprenait 52 arpents de circuit. L'huile se vendait jusqu'à 100 livres la barrique.


9- En 1716, concession de huit arpents de front sur un lieue de profondeur, proche le « cap Rede », ANQ.

10- Mailloux, Histoire de l'Ile-aux-Coudres, 1879.

11- Laurent Tremblay, Une poignée de Tremblay, ascendance alliance descendance, Rayonnement, 1981.

12- Voir l'acte du 2 juillet 1749, ASQ.

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